FAUBLAS Pascale

« Mon travail remet en question la démarcation entre œuvre et objet d’art, artefacts et pratique artisanale, en recourant a un langage graphique et textile, qui expérimente les médiums naturels (encres, terres, cire, pigments.) Tout en puisant aux sources des traditions caribéennes et africaines. »

Pascale Faublas, Décembre 2017.

Née à Port-au-Prince le 9 avril 1961, Pascale Faublas est fille d’un père entrepreneur et d’une mère éducatrice. Sa passion pour l’art se manifeste à quinze ans après sa participation à un camp artistique (TIMOUN ART) à Port-au-Prince sur l’initiative d’Evelyne Liautaud qui évolue dans l’artisanat et la création Design. Elle apprend la couture et le dessin, et de là débute une production personnelle (bijoux, colliers, peinture sur meubles, sur tissus, poterie, etc.). Cependant, elle n’a jamais fréquenté d’école académique des beaux-arts.

Son baccalauréat II en poche, Pascale Faublas part s’installer au Canada en 1979 et décroche un diplôme en administration hôtelière. De son expérience à Montréal, qu’elle quittera en 1983, elle dira : « Je pense que Montréal m’a ouvert l’esprit. Les galeries, les festivals, etc. C’est l’exploration d’un cadre plus large. Tellement différent d’Haïti.[1] » La même année, elle retourne en Haïti et travaille dans l’hôtellerie de nuit. Ses journées, elle les passe aux côtés de sa belle-sœur Candide, une française pratiquant la peinture sur tissus. C’est alors que lui vient l’envie d’entreprendre. Elle commence par l’artisanat avec des peintures sur meubles, tissus, poterie, bijoux puis s’intéresse aux arts textiles.

En 1984, elle monte « Atelye kreyòl », un atelier de production et de promotion d’artisanat d’art. Elle continue à explorer son potentiel créatif en s’adonnant à la création de mode et participe à un défilé dans la foulée. Son medium de prédilection est le tissu : vêtements peints à l’acrylique, batik sur tissus, teinture, tye and dye. En 1989, elle ouvre une boutique-atelier à Thomassin (sur les hauteurs de Port-au-Prince). En plus de la peinture sur tissu, elle multiplie les activités comme la décoration d’objets d’intérieurs, la création et la vente de produits artisanaux vaudous. Elle se charge également de la promotion des artistes de la Croix-des-bouquets et de plusieurs artisans et leur permet ainsi de participer à des foires et à des expositions.

En 1986, à l’âge de vingt-cinq ans, elle rencontre Martial Day, massothérapeute, avec qui elle se marie. De douze ans son ainé, Martial lui fait découvrir le pays et s’intéresser à la politique. A l’époque, l’état d’esprit nationaliste et le militantisme ambiants en faveur de l’Haïtianité, la pousse à s’impliquer davantage dans la société.  Elle participe régulièrement à des événements collectifs, à des séances d’alphabétisation, à des associations de quartier, à des regroupements féminins, etc. On la retrouve à la première marche de l’association « Fanm d’Haïti » qui manifeste pour l’implication des femmes dans la société. Pour cette circonstance, elle réalise avec Marie Louise Fouchard une grande fresque sur laquelle on peut lire : « Non à la violence sur les femmes ». Depuis lors, elle participe régulièrement aux manifestations de solidarité avec les femmes.

Le coup d’État de 1991 cause une quasi-paralysie économique qui se fait sentir dans tout le pays. Pascale Faublas consacre alors une plus large partie de son temps à la peinture. Elle fait sa première exposition individuelle aux Ateliers Jérôme en 1992. C’est depuis cette exposition qu’elle s’affirme comme artiste-plasticienne et développe une technique originale, faite de collage de papiers préalablement imprimés au moyen de techniques acquises en autodidacte : encre, mixed media, grattage [2].

En 1995, Pascale Faublas participe en duo à la réalisation d’une murale pour la 4e conférence internationale sur les femmes à Beijing.

Son travail se situe à mi-chemin entre l’artisanat et les arts plastiques contemporains. Son œuvre repose sur une recherche des matières et des matériaux issus de son environnement. Se fondant sur les principes de l’art de récupération, elle utilise à la fois des objets transformés par l’homme, des débris végétaux, et des ossements d’animaux. Pascale poursuit ainsi sa réflexion sur les racines culturelles et ethnologiques d’Haïti, tout en laissant au spectateur la possibilité d’y lire sa propre interprétation. « Je ne veux pas enfermer le regard de lautre dans mon projet personnel. Lessentiel c’est de découvrir la perception de l’autre et non lui imposer la mienne. » ne cesse de répéter l’artiste à toute entrevue qu’elle accorde. Sans doute, peut-on y lire la raison pour laquelle la majorité de ses tableaux n’ont pas de titre…

En 1997, elle expose en solo pour la première fois au Centre d’Art grâce au contact de l’artiste peintre Burton Chenet (1958-2012) qui la présente à Francine Murat, la directrice de l’époque.

Séparée de son époux en 1998, elle décide de s’installer à Jacmel pour y réouvrir l’Atelye Kreyòl. Elle coordonne également un groupe d’artisans jacméliens qu’elle influence à enrichir, à développer et à améliorer la qualité de l’artisanat local, alors principalement constitué de masques en papier mâché, du travail du bois et de maquettes de bateaux. Entre-temps, très active sur la scène locale et internationale, elle participe à plusieurs expositions collectives. En Haïti, son travail est montré au MUPANAH, à la galerie Marassa, au Musée d’Art Haïtien du Collège Saint Pierre et à la galerie Ethno-Design à Pétion-Ville où elle expose en permanence. En France, c’est sur le Toit de la Grande Arche, (Paris), et à la Bibliothèque municipale de Nantes que le public peut admirer son œuvre.

En 2004, à l’occasion du bicentenaire de l’indépendance d’Haïti et dans le cadre de la manifestation Haïti en Seine, elle expose aux côtés de Chantal Regnaut, et d’Elodie Barthélémy, au Crédit Municipal de Paris.

Suite au séisme dévastateur du 12 janvier 2010, Pascale part vivre à Cayes-Jacmel (Timouillage). Cette même année, elle expose à Suresnes (France) et s’engage avec la chaine américaine de grands magasins MACY’S sur deux ans pour coordonner la production d’objets décoratifs en papier mâché.

Pascale retourne à Port-au-Prince en 2015 et se concentre sur la production purement artistique. Elle cesse toute activité artisanale à l’exception de quelques contrats de décoration d’intérieure d’hôtels ou de stands carnavalesques.

En 2016, elle retourne au Centre d’Art afin d’améliorer sa formation personnelle et de se reconnecter avec d’autres artistes. Elle en profite pour suivre les cours de dessin à partir de modèle vivant avec Pascale Monnin, l’atelier monotype avec Killy (Patrick Ganthier) et l’atelier linogravure avec Marie-Hélène Cauvin. Elle anime également des ateliers de création avec des associations « Fanm » et dirige la réalisation d’une fresque collective contre la violence faite aux femmes, commande passée au Centre d’Art par le PNUD et l’Ambassade du Canada.

Outre ses talents de plasticienne, Pascale Faublas occupe un petit rôle au cinéma, dans le film Ayiti mon amour de Guetty Félin qui sera présélectionné aux Oscars 2018 dans la catégorie de meilleur film étranger.

Par la facture de ses œuvres mêlant entre autres récupération, collages, encre, bois et papiers brûlés Pascale Faublas est reconnue pour son œuvre qu’elle signe PASKAL et qui apporte un renouveau dans le paysage artistique contemporain haïtien. L’artiste-plasticienne autodidacte est aujourd’hui une figure centrale de l’artisanat haïtien pour ces actions en faveur de sa préservation, de sa transmission et de sa pérennité.

 

Pascale Faublas vit et travaille en Haïti.

 

[1] © Archives du Centre d’Art, entretien avec l’artiste, décembre 2017.

[2] Pascale Faublas, extrait de sa démarche artistique, décembre 2017.

 

 

EXPOSITIONS

Individuelle

Années 2010

– 2017, Un hamac dans l’eau, espace Fouchard, Nérette, Pétion-Ville, Haïti.

– 2013, Parchemins, Les Ateliers Jérôme, Port-au-Prince, Haïti.

 

Années 2000

– 2006, Transformation des anges, Médiathèque Alexandre-Dumas, Villers Cotterets, France.

– 2006, Transformation des anges, La nouvelle Galerie, Villers-Cotterets, France.

– 2001, «…Lumières…», Ethno-Galerie, Pétion-Ville. Haïti.

 

Années 1990

– 1998, Terres brûlées, Ethno-Galerie, Pétion-Ville. Haïti.

– 1997, 223e exposition du Centre d’Art, Œuvres de Pascale Faublas, Le Centre d’Art, Port-au-Prince, Haïti.

–  1992, Le Passage à l’œuvre d’art, Les Ateliers Jérôme, Port-au-Prince, Haïti.

 

Collectives

Années 2010

– 2018, 271e exposition du Centre d’Art, exposition-vente de créations contemporaines, Le Centre d’Art, Port-au-Prince, Haiti.

– 2016, Veus de Dones : Haïti Pas A Pas, La Casa d’Haïti, CCCB de Barcelone, Espagne.

– 2015, 7e forum transculturel d’art contemporain, Fondation AfricAmerica, Aquin, Haïti.

– 2015, « 1 » : A Contemporary Art Exhibit, Villa Kalewès, Pétion-Ville, Haïti.

– 2015, PluriELLEs, Villa Kalewès, Pétion-Ville, Haïti.

– 2014, Rencontre, Musée du Panthéon National Haïtien, (MUPANAH), Port-au-Prince, Haïti.

– 2014, Transformations, Villa Kalewès, Pétion-Ville, Haïti.

– 2013, 3rd Ghetto Biennale, Port-au-Prince, Haïti.

– 2012, L’art haïtien vu par nos femmes, Musée du Panthéon National Haïtien, (MUPANAH), Port-au-Prince, Haïti.

– 2010, 6e édition de Ti coup d’œil sur Haïti, festival des arts et des traditions populaires haïtiens, Médiathèque de Suresnes, Île-de-France, France.

 

Années 2000

– 2007, 2eédition du festival CuturElles, Institut Français d’Haïti, Port-au-Prince, Haïti.

– 2004, Transformation des anges, œuvres contemporaines, Crédit Municipal de Paris, espace Griffon, Paris, France.

– 2000, Héritage de couleurs, Ethno-Galerie, Pétion-Ville. Haïti.

 

Années 1990

– 1999, L’art de la récupération et la ville, Les Ateliers Jérôme, Port-au-Prince, Haïti.

– 1999, Mises en demeure, Ethno-Galerie, Pétion-Ville. Haïti.

– 1998, Formes et couleurs sur papier, Musée du Panthéon National Haïtien, (MUPANAH), Port-au-Prince, Haïti.

– 1998, Haïti au toit de la grande Arche, Toit de la grande Arche de la défense, Paris, France.

– 1998, Haïti, femmes et création, Bibliothèque municipale de Nantes, Nantes, France.

– 1997, Exposition collective avec les sculpteurs Nasson et Ti Pélin, Atelye Kreyòl, Pétion-Ville, Haïti.

– 1995, Pascale Faublas, Edner Joseph, une étroite complicité, Les Ateliers Jérôme, Port-au-Prince, Haïti.

– 1995, Retour de Beijing ; 4e conférence internationale sur les femmes à Beijing, Pékin, Chine.

– 1995, Dessins et collages, Les Ateliers Jérôme, Port-au-Prince, Haïti.

– 1994, Exposition de pré-sélection de la 2e édition de la biennale de peinture de la Caraïbe et de l’Amérique Centrale de Santo-Domingo, Musée d’Art Haïtien du Collège Saint-Pierre, Port-au-Prince, Haïti.

– 1994, Solidarite ak Simon Josué (Solidarité avec Simon Josué), Les Ateliers Jérôme, Port-au-Prince, Haïti.

– 1993, Œuvres de groupe, Les Ateliers Jérôme, Port-au-Prince, Haïti.

– 1993, Vyolans kont fanm (Violence contre les femmes), Hôtel Christopher, Port-au-Prince, Haïti.

– 1992, Le symbolisme de la croix, Musée d’Art Haïtien du Collège Saint-Pierre, Port-au-Prince, Haïti.

 

Année 1980

– 1985, Variation en noir et blanc, Gingerbread, Port-au-Prince, Haïti.

 

Exposition artisanale

Année 1990

– 1990, Présentation Atelye Kreyol, masques, pagnes, foulards, Hôtel Ollofson, Port-au-Prince, Haïti.

 

Années 1980

–  1989, Exposition. Ouverture boutique Atelye kreyòl, Pétion-Ville, Haïti.

– 1985, Présentation de vêtements, Maison privée Elsie Martin, Port-au-Prince, Haïti.

– 1984, Présentation de vêtements, Club de Pétion-Ville, Pétion-Ville, Haiti.

 

Vente aux enchères

– 2017, Haïti : l’exception artistique, Art Haïtien de 1940 à nos jours, PIASA en partenariat avec Le Centre d’Art, Paris, France.

 

BIBLIOGRAPHIE

Ouvrages

– THEARD Marie Alice. Présence féminine dans l’art haïtien, imprimé sur les presses de Print Lt, Haïti, avril 2013.

-STEPHENSON Barbara Prézeau. 15 ans d’art contemporain en Haïti 2000-2015, Fondation Afric America, European Graphics : Belgique. Octobre 2014.

 

Catalogues d’exposition

– Haïti : l’exception artistique, Art Haïtien de 1940 à nos jours, PIASA en partenariat avec Le Centre d’Art de Port-au-Prince, 14-19 octobre 2017

– Drap Art, Festival international, Barcelone décembre 2016.

–  Rencontre, Musée du Panthéon National Haïtien, (MUPANAH), Port-au-Prince, Haïti, 13 août-30 septembre 2014.

– L’art haïtien vu par nos femmes, Musée du Panthéon National (MUPANAH), 8 mars 2012 – 8 avril 2012.

 L’art de la Récupération et la Ville, Les ateliers Jérôme, 23 Novembre – 11 décembre 1999.

– Haïti au toit de la Grande Arche, Toit de la Grande Arche de la Défense, Paris, septembre 1998.

 

Revues

– Institut Français d’Haïti, Revue Conjonction : n° 205 (2000).

– Enfofanm, Ayiti Fanm : vol. 3, n°5, janvier-février-mars 1993.

– Enfofanm, vol. 2, n°4, juillet-décembre 1992.

 

Presse

– AUGUSTIN Gary, Pa janbe ; renouveler les matériaux et le support, Le Nouvelliste.

– DB, Pascale Faublas et Edner Joseph en symbiose, le Nouvelliste, 23 août 1995.

– FLORVIL H., Où va la jeune peinture haïtienne ?, Le Nouvelliste du 11 au 15 février 1994.

– GAETJENS Prince, Pascale Faublas : des œuvres qui nous jugent, Le Nouvelliste, du 23 au 26 décembre 1999.

– HENRIQUEZ Pradel, Pascale Faublas et Edner Joseph aux Ateliers Jérôme, le Nouvelliste, 21 août 1995.

– JOSEPH Nélio, Parchemins : mémoire et symboles, Le Nouvelliste du samedi 14 et dimanche 15 décembre 2013.

– ROCHE Jacques, Les décombres de Pascale et de Patrick, Le Nouvelliste, 29 novembre 1999.

– SAINT-ELOI Rodney, La nouvelle peinture : aventure singulière, le Nouvelliste du jeudi 23 décembre au dimanche 26 décembre 1993.

 

Écriture journalistique

– Marie-Lucie Vendryes, démarche artistique, août 1996.

 

Filmographie

– COHEN Hervé, Paskal en attendant les anges, documentaire, 10 mn, 2004.

– FELIN Guetty, Ayiti, mon amour, long-métrage, 88 mn, 2018.

 

WEBOGRAPHIE

– http://lenouvelliste.com/lenouvelliste/article/125103/Parchemins-memoire-et-symboles

– http://www.lenational.org/hamac-leau-force-de-lutopie/

– http://www.kolektif509.com/exhibits

– https://www.mutualart.com/Artist/Pascale-Faublas/D81AAF19941CF234

– http://www.loophaiti.com/content/95-oeuvres-de-60-artistes-haitiens-dans-une-vente-aux-encheres-paris

– http://www.haitilibre.com/docs/carifesta-XII_programme/PAP-Triomphe.pdf

– https://www.africamerica.org/attachment/566431/

– http://lenouvelliste.com/lenouvelliste/article/125103/Parchemins-memoire-et-symboles.html

– http://leNouvelliste.com/public/article/116994/presence-feminine-dans-lart-haitien

– https://www.youtube.com/watch?v=RffncXCFi-Q

– http://www.haitilibre.com/docs/ProgrammeForum7.pdf